Penser l’interopérabilité comme un acte de soin, c’est d’abord comprendre ce qui l’empêche de l’être. Voici les trois verrous concrets, et ce que les systèmes qui ont réussi nous apprennent sur la façon de les lever.
Trois verrous qui expliquent pourquoi ça bloque encore
Le Ségur du numérique a injecté des milliards. Les normes internationales existent : HL7, FHIR, les référentiels nationaux. Et pourtant, le partage de données reste insatisfaisant sur le terrain. Trois verrous distincts expliquent cette résistance, et ils se renforcent mutuellement. D’abord, les systèmes propriétaires fermés : de nombreux éditeurs verrouillent délibérément leurs formats pour garder le contrôle de leurs clients, rendant chaque connexion payante ou techniquement impossible. Ensuite, des standards fantômes : les normes existent mais sont appliquées partiellement, sans contrainte vérifiable sur les industriels. Enfin, un critère cosmétique dans les appels d’offres : l’interopérabilité est évaluée comme une case à cocher, pas comme une exigence fonctionnelle testée en conditions réelles. Aucun investissement supplémentaire ne résout ces trois verrous sans règles contraignantes.
Pourquoi le vrai frein est plus profond que la technique
Ces verrous techniques ont une racine commune : l’isolement culturel des acteurs. Médecins, soignants, directeurs, ingénieurs et éditeurs travaillent dans des logiques métier souvent contradictoires, avec des jargons distincts et des priorités qui ne se parlent pas. Aucune norme technique ne comble cet écart. Comme le rappellent les experts militaires qui ont résolu ce problème dans les opérations conjointes de l’OTAN : la technique ne vient jamais en premier. Pour faire dialoguer des machines, il faut d’abord que les humains partagent la même doctrine. Si les verrous techniques sont le symptôme visible, l’isolement culturel est la maladie sous-jacente. C’est pourquoi nous consacrons une page entière à ce concept : l‘interopérabilité culturelle, la dimension la plus déterminante et la moins financée de la transformation numérique en santé.
La preuve que c’est possible : ce que le Danemark a fait différemment
Si le frein est culturel autant que technique, la solution doit l’être aussi. Le Danemark en apporte la démonstration. Via MedCom et la plateforme nationale Sundhed.dk, le pays a construit une interopérabilité systémique réelle : un écosystème fluide où les données circulent entre la ville et l’hôpital sans friction, centré sur le parcours du patient. Ce résultat n’est pas un miracle technologique. Il est le produit d’une gouvernance partagée, de standards ouverts rendus obligatoires et d’une culture du soin qui a précédé le déploiement des outils, pas l’inverse. C’est précisément l’ordre que la France n’a pas encore réussi à imposer. Pour approfondir les blocages spécifiques au contexte français, lisez Interopérabilité en santé : Pourquoi ça bloque ?

