Trop d’innovations, trop peu de preuves
Utile. Utilisable. Utilisé.
Un filtre essentiel, pas un simple mantra. Un test de vérité, pas un truc mnémotechnique. Ce filtre sépare l’innovation réelle du bruit de fond. Il est crucial.
1. Utile : sans problème résolu, pas de valeur
L’utilité répond à un problème concret, sans garantir une transformation. Beaucoup de projets démarrent sur des intuitions technologiques ou des modèles d’autres secteurs, sans vraiment tenir compte des réalités du terrain. L’objectif est simple : répondre à un besoin réel, qu’on peut voir et mesurer.
Ce que l’utile n’est pas :
- Une idée brillante venue d’ailleurs
- Une technologie en quête d’application
- Un symptôme vaguement identifié comme « problématique »
Ce que l’utile exige :
- Un coût d’inaction clair pour les usagers
- Un gain opérationnel, clinique ou humain identifiable
- Une validation terrain : entretiens, observations, retour d’expérience
Question-filtre : Qui souffre aujourd’hui de l’absence de cette solution ? Et que gagne-t-il demain si elle existe ?
2. Utilisable : si l’interface freine, l’impact s’effondre
Une solution créée sans impliquer l’utilisateur risque de devenir un frein plutôt qu’une aide. Une interface peu intuitive, un processus d’inscription confus, des réglages compliqués ou un jargon inadapté peuvent poser problème. La solution doit aller au-delà de la simple compréhension : elle doit être limpide et facile à utiliser.
Critères minimaux d’utilisabilité :
- Temps de prise en main < 5 minutes
- Pas plus de 3 clics pour accéder à la fonction principale
- Un parcours utilisateur testé en situation de stress ou de charge
- Une compatibilité contextuelle (mobilité, horaires, équipements existants)
Une solution utilisable libère du temps, pas l’inverse. Elle épouse les contraintes. Elle anticipe la fatigue. Elle respecte le temps du soignant ou du patient comme une ressource rare.
Question-filtre : L’utilisateur comprend-il quoi faire sans demander ? S’il faut un tutoriel, c’est trop tard.
3. Utilisé : sans preuve d’usage, pas d’impact
Un outil qui n’est pas utilisé est un outil inutile, même s’il est utile et utilisable. Comme un livre non lu sur une étagère, il peut contenir des connaissances précieuses, mais sans lecteur, son potentiel reste inexploité. L’usage est le test ultime. Tout comme un athlète ne peut prouver sa valeur qu’en compétition, un outil ne démontre son utilité que lorsqu’il est mis en pratique. Il ne suffit pas de déployer. Il faut mesurer, comprendre, corriger. Ce processus est semblable à l’apprentissage d’un instrument de musique : on joue, on écoute attentivement, on ajuste, et on recommence jusqu’à atteindre l’harmonie parfaite.
Indicateurs à suivre systématiquement :
- Taux d’activation à J+7 et J+30
- Taux de récurrence mensuel
- Taux d’abandon fonctionnel (utilisateurs inactifs >30 jours)
- Taux de satisfaction à froid (NPS, verbatim, frictions)
Ce qui n’est pas mesuré n’existe pas. Et ce qui est mesuré sans être analysé ne sert à rien. L’utilisation doit être dynamique, discutée, pilotée. Pas documentée a posteriori pour rassurer les investisseurs.
Question-filtre : Si l’usage chute, sait-on pourquoi et que fait-on ?
Les erreurs systémiques : ce que les 3U permettent d’éviter
- Le fétichisme technologique : croyance qu’une solution s’imposera par sa nouveauté
- L’illusion du pilote : confondre validation technique et preuve d’adoption
- Le déni d’usage : refuser d’admettre qu’une solution n’intéresse pas son public cible
Avant de lancer : les 9 questions à se poser
- Quel est le problème à résoudre ?
- Qui en souffre, et comment ?
- Quel est le coût de ne rien faire ?
- En quoi la solution allège-t-elle ce fardeau ?
- Comment l’utilisateur comprend ce qu’il doit faire ?
- Quels obstacles à l’adoption avons-nous anticipé ?
- Que mesurons-nous à J+7, J+30, M+3 ?
- Quel est le plan si l’usage stagne ou recule ?
- Est-ce qu’on oserait retirer cette solution du marché ?
Conclusion : discipline et transparence
Les 3U ne sont pas un modèle de plus. Ils sont un garde-fou. Une hygiène intellectuelle pour éviter le gaspillage d’énergie, de temps, de financement, et surtout d’attention. Ils rendent à l’innovation son exigence fondamentale : faire mieux, pour de vrai.
Utile, utilisable, utilisé.
C’est simple. C’est dur. Et c’est non-négociable.
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