Des milliards investis dans le numérique en santé, mais des professionnels qui jonglent entre logiciels, doublonnent les saisies, ou doivent imprimer pour faire circuler l’information. Pourquoi, en 2025, le dossier médical reste-t-il un millefeuille numérique, illisible et inopérant ? Parce que l’interopérabilité reste une promesse creuse — ou du moins mal tenue.
1. L’interopérabilité : une exigence, pas un bonus
Dans tous les discours politiques et industriels, l’interopérabilité est brandie comme un pilier incontournable. Mais derrière les grandes déclarations se cache une vérité plus brutale : cette interopérabilité reste trop souvent pensée comme un bonus fonctionnel, alors qu’elle devrait être un prérequis. Interopérer, ce n’est pas “connecter” deux systèmes à la volée. C’est permettre à plusieurs acteurs, logiciels, structures de santé, d’échanger des données cliniques de manière fiable, fluide, sécurisée, sans couture.
Mais aujourd’hui, les soignants naviguent encore entre :
- Un DPI hospitalier qui ne remonte pas les données de la médecine de ville,
- Une messagerie MSSanté peu intégrée,
- Des plateformes régionales (e-parcours, ViaTrajectoire, ROR…) qui ne “parlent” pas aux logiciels métier,
- Un DMP (Mon Espace Santé) consultable, mais rarement intégré dans le flux de travail clinique.
2. Ce qui bloque (vraiment)
A. Des systèmes propriétaires verrouillés
Chaque éditeur veut garder la main. Les formats sont fermés, les connecteurs propriétaires, les APIs rarement ouvertes. Résultat : verrouillage du marché.
B. Des standards partiellement appliqués
FHIR, HL7, CDA… très peu sont réellement implémentés de bout en bout. On parle de standardisation, mais elle est fantôme.
C. Des priorités mal alignées
On valorise trop souvent les interfaces ou le RGPD, pas la connectivité. Dans les appels d’offre, l’interopérabilité est un critère cosmétique.
D. Une complexité technique réelle… mais surmontable
La santé n’est pas la finance ou l’aéronautique, mais elle n’a pas à être un cas à part non plus. Là où d’autres secteurs ont harmonisé, on empile.
3. Des tentatives en cours
- La doctrine du numérique en santé définit des cadres clairs, mais reste peu contraignante.
- Le Ségur numérique a injecté des milliards, mais sans transformation profonde.
- Mon Espace Santé progresse, mais côté terrain, l’intégration reste insuffisante.
4. Ce qu’il faut changer
- Imposer des standards ouverts vérifiables. Certification obligatoire.
- Financer les ponts, pas les silos. APIs ouvertes, connecteurs publics, mutualisation.
- Former massivement. Décideurs, devs, soignants.
- Gouvernance partagée. Inclure les soignants dans la conception des flux.
5. Et ailleurs ?
Le Danemark a construit une interopérabilité systémique, via MedCom et la plateforme nationale Sundhed.dk. Résultat : un système fluide, centré patient, interopérable.
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Conclusion
On ne soignera pas mieux avec des gadgets connectés qui ne parlent à personne.
On ne fera pas d’économies avec des silos étanches.
Et on ne gagnera pas la souveraineté numérique avec des outils incapables de dialoguer.
Interopérabilité : soit on la décide, soit on continue de la subir.
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Et vous ? Quelle “interopérabilité fantôme” subissez-vous ?
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Sources
– [Doctrine technique ANS – CI-SIS](https://esante.gouv.fr/produits-services/ci-sis)
– [Interop’Santé](https://www.interopsante.org/)
– [Guide FHIR HL7 France](https://hl7.fr/ig/fhir/core/)
– [Pourquoi l’interopérabilité est vitale – Olaqin](https://www.olaqin.fr/actualites/interoperabilite-e-sante)
– [Interopérabilité – Enovacom](https://www.enovacom.com/expertise/interoperabilite-lexpertise-enovacom/)
– [Le numérique en santé au Danemark – G_NIUS](https://gnius.esante.gouv.fr/fr/decryptez-la-e-sante-a-linternational/le-numerique-en-sante-au-danemark?utm_source=chatgpt.com)














