Le Rapport CNNum 2015 : Cap sur une e-santé humaniste et ambitieuse
Octobre 2015. Le Conseil National du Numérique (CNNum) publie un rapport clé : « La santé, bien commun de la société numérique ». Sur 128 pages, 15 propositions fortes et une conviction : la transformation numérique du système de santé français ne se limite pas à la technique, c’est un projet de société. Fruit de 18 mois de concertation avec plus de 150 acteurs du terrain – professionnels, patients, startups, institutions – le rapport veut fédérer innovation, éthique et droits citoyens autour de l’e-santé.
Un travail collectif inédit
L’impulsion vient de Marisol Touraine, ministre de la Santé. Mais le CNNum va plus loin : auditions, ateliers, débats en ligne, méthodologie contributive. Pour la première fois, la réflexion ne s’arrête pas à l’expertise médicale ou technologique : on écoute aussi les patients, on dialogue avec le secteur privé, on sort des silos.
15 propositions pour une e-santé française ambitieuse
Le rapport structure ses recommandations autour de cinq axes majeurs :
- Régulation agile et souveraineté européenne : Le CNNum défend un cadre qui s’adapte à la vitesse de l’innovation, favorise l’expérimentation, et pousse la France à jouer collectif en Europe.
- Données de santé : Place au consentement éclairé et continu du patient, accès facilité à son historique médical via un « Blue Button » à la française, ouverture des données à la recherche mais toujours sous contrôle éthique.
- Littératie numérique : Formation au numérique dès la faculté pour les soignants, portails d’information certifiés pour lutter contre l’infox et renforcer la confiance.
- Transformation des pratiques : Encouragement à l’innovation collaborative : tiers-lieux, living labs, patients-experts intégrés à la gouvernance.
- Éthique et vigilance technologique : Attention aux NBIC (nanotechnologies, biotech, IA, etc.), avec appels à la prudence sur les implants cérébraux et la création d’un comité d’éthique dédié.
Des innovations qui changent la donne
- Santé = Bien commun numérique : Le rapport propose de penser la santé non comme un bien marchand ou purement public, mais comme un bien commun, à protéger et à co-construire. Droit à la protection, solidarité, coopération : c’est la colonne vertébrale du texte.
- Vers une démocratie sanitaire 2.0 : Place aux plateformes collaboratives et à l’intégration des données patients dans la recherche – toujours sous pilotage citoyen. On prépare déjà le terrain de la co-création médicale.
- Cybersécurité : Dès 2015, le CNNum insiste sur la sécurité des dispositifs connectés et anticipe la nécessité de protéger l’écosystème e-santé contre les cyberattaques.
Un héritage déjà concret
Les retombées du rapport sont immédiates. Beaucoup de ses idées irriguent déjà les discussions sur le Dossier Médical Partagé, le Health Data Hub ou la refonte du pilotage de la e-santé française. Mais l’apport majeur du texte, c’est de replacer l’humain – citoyen, patient, professionnel – au cœur du numérique, et de refuser la tentation du tout-technologique ou du tout-marchand.
Le CNNum esquisse une “troisième voie” française : innovation oui, mais toujours pour l’émancipation collective, l’équité et la confiance.
“Le réseau soigne, non plus le médecin seul” : toute l’ambition humaniste du rapport tient dans cette phrase.
Sources et références














