Ici, chaque ligne écrite est soumise à cette triple épreuve. Pas pour filtrer à la hache, mais pour séparer le prometteur du solide. Le discursif du transformateur. Le brillant du durable.
Utile : à quoi ça sert, concrètement ?
L’utilité, d’abord. À quoi ça sert, concrètement ? À qui, et à quel moment ? Si la réponse n’est pas limpide en une phrase, c’est qu’il y a un angle mort. Un projet qui ne résout rien n’est pas un projet : c’est une distraction déguisée. L’innovation ne doit pas flatter l’air du temps. Elle doit répondre à un besoin réel, observable, parfois trivial, mais vital. Trop de solutions en quête de problème encombrent l’écosystème. Ici, on inverse la logique : pas d’utilité claire, pas d’article.
Utilisable : est-ce que ça se comprend sans effort disproportionné ?
Vient ensuite l’utilisabilité. Comprend-on l’enjeu sans diapositive, sans storytelling dégoulinant, sans recourir à trois acronymes par phrase ? La complexité technique peut exister. La confusion stratégique, non. Si le projet demande un effort de décodage disproportionné, ce n’est pas au lecteur de s’accrocher, c’est à l’équipe de se rendre intelligible. Utilisable ne veut pas dire simpliste. Ça signifie rigoureux dans l’essentiel.
Utilisé : est-ce que ça tient dans le quotidien ?
Enfin, l’utilisation. Pas celle des intentions. Celle des preuves. Est-ce que ça change quelque chose ? Est-ce que ça se déploie, s’absorbe, tient dans le quotidien ? L’innovation ne se décrète pas. Elle se mesure ou elle s’arrête. Quand elle reste lettre morte, il faut pouvoir le dire.
En santé numérique, l’écart entre les promesses et les usages réels est structurel. Des outils coûteux sont déployés sans être utilisés. Des projets bien intentionnés échouent faute d’avoir testé leur utilisabilité sur le terrain avant le lancement. Des innovations genuinement utiles restent marginales parce que leur adoption n’a jamais été pensée dès la conception. La méthode des 3U n’est pas un label. C’est un test de réalité appliqué à chaque étape : conception, déploiement, évaluation. Elle s’applique aussi bien à un logiciel de prescription qu’à un protocole de téléconsultation ou à un outil de coordination ville-hôpital.
Retrouvez également mes analyses sur : l’interopérabilité culturelle et sur l’hôpital de demain, deux sujets étroitement liés à la question de l’adoption réelle des innovations en santé.

